Les Bienveillantes de Jonathan Littell
Finies les vacances, on reprend le collier :-)
Parmi mes lectures, celle qui aura été la plus marquante est celle des Bienveillantes de Jonathan Littel, il m'a fallu une semaine pour en venir à bout, mais je n'ai pas pu le lâcher. Malgré l'épaisseur du livre, j'ai trouvé que la lecture n'en était pas difficile, une fois que l'on s'est habitué aux trés nombreux termes militaires en allemand, et à cette forme particulière: les dialogues sont insérés dans le corps même du texte, ce qui le rend trés dense.
En ce qui concerne l'histoire, difficile pour un tel sujet de dire que l'on a aimé celle-ci. Ce n'est pas vraiment le cas. Ce livre oscille entre le documentaire extrémement bien renseigné et le journal intime du principal personnage, plus qu'intime même puisque de nombreuses (trop?) pages sont consacrées à la description minutieuse de ses diarrhées et vomissements qui reviennent tout au long du livre. Dans ce livre, il y a le pire et le meilleur en permanence. On y trouve une histoire d'amour qui pourrait être follement romantique si elle n'était pas incestueuse. L'armée allemande est mise en cause, avec l'antagonisme entre la Wermacht et la SS, la corruption et une administration désorganisée et omniprésente. Cette histoire pourrait être aussi un bel exemple de l'amitié entre deux hommes.
La première partie du livre consacrée à l'élimination systématique des Juifs dans les territoires occupés par les allemands est absolument terrible, à chaque page, on se dit que l'on ne peut pas continuer, que c'en devient indécent: il y a tant et tant de meurtres. L'auteur raconte son histoire trés froidement, en fonctionnaire soucieux de bien faire son travail et nous assène des chiffres, des détails techniques afin d'augmenter la productivité des soldats allemands en matière d'extermination. Il nous montre aussi de quelle façon cette machine terrifiante qu'était le national-socialisme est arrivé à faire de tranquilles pères de famille, des brutes sanguinaires. Certains s'en échapperont en se suicidant, d'autres deviendront de véritables animaux.
Puis, peu à peu, on entre dans l'histoire du personnage, en même temps que l'on va vers la fin terrible de l'Allemage nazie, sexe et violence toujours mêlés, et là aussi, on a droit à de nombreuses descriptions cliniques. Cet homme transgresse tous les tabous de nos sociétes: homosexualité, inceste, parricide, meurtres de sang froid. Et le plus terrible dans ce livre, même si on s'en défend, c'est que l'auteur arrive à nous rendre presque sympathique le personnage, raffiné, cultivé, fervent adepte de littérature française et de musique classique, qui comme il le dit, n'a fait que son travail, au service de la pire des idéologies, dont il est longuement question dans le livre.
Jusqu'à la dernière page où tout s'inverse.
En refermant le livre, l'impression qu'il nous laisse, est qu'on " s'est fait avoir" par le personnage. Que cet homme est véritablement un monstre, et on s'en veut d'avoir poursuivi la lecture de ce livre,en espérant trouver une parcelle d'humanité chez ce personnage, alors qu'il n'y en avait aucune.
En même temps, je me demande si ce n'est pas ça, un bon livre, un livre dont on ne sort pas indemne de la lecture.
Publicité