Alabama Song de Gilles Leroy
J'avais pourtant dit que je ne lirai pas ce livre, mécontente que Gilles Leroy ait "piqué" le Goncourt à Olivier Adam :-) Et j'avais tort, ce livre est une petite merveille. Autant le livre d'Olivier Adam m'avait plu pour l'histoire, moins pour le style, autant pour celui-ci c'est exactement l'inverse.
L'histoire, on la connait. Il s'agit de celle du couple Scott Fitzgerald et de Zelda. Elle est issue d'une vieille famille bourgeoise de l'Alabama, une Belle du Sud, lui, d'abord militaire, est un écrivain, originaire du Nord, pas encore connu qui survit en écrivant des nouvelles. Ils vont se marier, contre l'avis de la famille de Zelda, et ce mariage signera en quelque sorte le début de leur désamour. La suite n'est qu'une succession d'amours, de ruptures, de retrouvailles.
Les premières pages m'ont rebutée. En plus, je n'aime pas les biographies, romancées ou pas, et je n'aime pas spécialement cette période, les Années Folles. Je trouvais le style ampoulé, un peu emberlificoté, avec beaucoup de répétitions, un vocabulaire un peu prétentieux.
Et puis, il se passe quelque chose, peu à peu, on est emporté par le rythme du livre, dans un tourbillon qui nous balade du Sud des Etats-Unis, à Paris, de New-York au sud de la France. Le rythme de la narration, c'est Zelda qui raconte, on passe de paragraphe en paragraphe des années 20 aux années 40 sans transition avec juste une indication de la date en italique dans la marge, est vraiment à un train d'enfer, un peu comme la décapotable dans laquelle Zelda et son amant parcourent les corniches de la Côte d'Azur. Les plus jolies pages, à mon avis, sont d'ailleurs celles consacrées à cet amour de Zelda pour son amant français, davantage que celles sur Scott, dépeint comme alcoolique, cocaïnomane, égoïste, faible, bref pas trés sympathique. C'est beau, c'est lumineux, les descriptions des lieux nous y transportent, on chevauche de concert sur les petits chevaux camarguais aux côtés des héros, on roule cheveux au vent dans des bolides d'avant-guerre, on écoute du jazz et on cotoie Picasso et Radiguet...
Vous allez aimer, croyez-moi !