La route des vacances en 1960
Si vous êtes nées dans les années 55-60, vous allez vous reconnaître peut être ... Je suis née un peu plus tard, ce n'était déjà plus comme ça mais le texte m'a rappelé les récits que me fait Chéri de son enfance.
A l'époque, il n'y avait pas encore de libre-service. Le pompiste, quelle que soit l'heure, sortait de son bureau ou de son logement, s'approchait de la voiture et tout en prenant les clés pour déverrouiller et ôter le bouchon de réservoir, demandait « Super, Monsieur ? ». Après la réponse positive, il s'emparait du pistolet, poussait ou tirait une manette sur la pompe pour remettre à zéro le compteur et enclencher la distribution, puis rajoutait « Le plein ? » en insérant le pistolet dans le conduit du réservoir. Selon l'humeur, le monde ou le temps, la discussion s'engageait sur un sujet plus ou moins intéressant. Parfois, il bloquait le pistolet et s'en allait nettoyer le pare-brise. S'il avait le temps et s'il était en train, il demandait « Je vous fais les niveaux, M'sieur ? ». Quand le réservoir était presque rempli, le pistolet s'arrêtait de lui-même. Alors, notre homme revenait pour compléter le plein de son coup d'œil et de sa main experte en arrêtant les compteurs volumétriques rotatifs, et non digitaux, en dépassant un poil le Franc tout rond. Il reposait le pistolet en repoussant la manette de la pompe ce qui arrêtait la mise sous tension et le bruit associé provoqué par les vibrations. Puis il fermait le bouchon de réservoir et remettait les clés au père. Celui-ci payait en liquide car l'usage des cartes de crédit et des chèques n'était pas généralisé comme aujourd'hui. Le pompiste lui rendait la monnaie en piochant les pièces dans son petit tablier en cuir s'il ne faisait que la distribution d'essence ou dans sa salopette s'il était un vrai mécano. Le père prenait la monnaie en lui laissant "la pièce" pour l'attention qu'il avait portée à notre équipage.
Une fois remonté, le paternel engageait la grande clé dans le Neimann et actionnait le démarreur. Quelques secondes d'attente permettaient à la DS de retrouver son niveau optimal de suspension et nous voilà partis pour rallier Le Lout : étape obligatoire sur la route des vacances. Le Lout était la maison de nos grands-parents maternels dans la banlieue de Bordeaux. Nous y passions chaque fois pour embrasser notre grand-mère Mounie, nous délasser les jambes engourdies par le voyage et descendre vider la bouteille de limonade de Josette. Comme nous partions le matin de la région parisienne vers 4 ou 5 heures, nous arrivions en fin de matinée ou début d'après-midi selon ce qui avait été convenu entre les adultes. Le départ était toujours fixé de bonne heure pour plusieurs raisons. Ce devait nous permettre :
1) de continuer notre nuit. Ainsi nous ne commencerions à nous disputer dans la voiture qu'après 2 ou 3 heures de route.
2) d'éviter les embouteillages de la région parisienne et ceux des villes traversées. L'autoroute n'existait que jusqu' à Chartres.
3) de faire une halte pour le petit-déjeuner à Tours au Restoroute ouvert 24H/24. Il fallait nous voir débouler à 10 avec le chien, sortir de la voiture, prendre d'assaut les toilettes, s'amuser avec les portes battantes, nous installer à table, se décider pour un chocolat ou un café au lait, étendre le beurre et la confiture sur les tartines, dévorer à pleines dents cette collation avant de recommencer à jouer aux cow-boys avec les portes battantes du "saloon". De nouveau, le père réglait l'addition avant de battre le rappel des troupes pour remonter dans la voiture. Il n'était pas rare qu'à ce moment une main s'abattit sur l'une de nos joues. En effet, si lors du départ, endormis que nous étions, nous n'avions pas choisi nos places, nous savions qu'il n'était plus question de dormir. Les places préférées étaient celles près des portes, non pour ouvrir la fenêtre, privilège réservé aux adultes placés devant, mais pour pouvoir regarder le paysage. La plus mauvaise était, donc celle du milieu. La meilleure était celle derrière le conducteur. Pourquoi ? Parce que le père conduisait le plus souvent et, malgré sa souplesse légendaire et ses dons de contorsionniste, il lui était très difficile d'abattre sa manne autoritaire derrière lui. Les aînés l'avaient très bien compris. C'est ainsi que je me retrouvais soit devant avec la mère, soit derrière au milieu. Dans le meilleur des cas, j'arrivais à être près de la porte droite. Fatalement, entre Tours et Bordeaux, il y avait une ou plusieurs gifles qui tombaient et entraînaient un calme temporaire. Je me souviens notamment d'un voyage avec Jérôme et Didier où nous n'arrêtions pas de chanter « boire à la source, boire à la source, mon dieu que c'est bon ! » en nous tapant sur le ventre. Après plusieurs avertissements, le bras droit s'est tendu au-dessus des sièges, s'est dirigé vers l'arrière et a frappé plusieurs fois sur les occupants des deux mauvaises places. Pour une fois, j'étais du côté gauche. D'avoir échappé à la torgnole m'a fait ricaner de plus belle. Au prix d'un effort paternel, j'ai récolté dans les secondes qui ont suivi la même punition à la grande satisfaction de mes frangins ! Nous devions être à 5 km du Lout. Il était temps que le voyage se termine.
2) d'éviter les embouteillages de la région parisienne et ceux des villes traversées. L'autoroute n'existait que jusqu' à Chartres.
3) de faire une halte pour le petit-déjeuner à Tours au Restoroute ouvert 24H/24. Il fallait nous voir débouler à 10 avec le chien, sortir de la voiture, prendre d'assaut les toilettes, s'amuser avec les portes battantes, nous installer à table, se décider pour un chocolat ou un café au lait, étendre le beurre et la confiture sur les tartines, dévorer à pleines dents cette collation avant de recommencer à jouer aux cow-boys avec les portes battantes du "saloon". De nouveau, le père réglait l'addition avant de battre le rappel des troupes pour remonter dans la voiture. Il n'était pas rare qu'à ce moment une main s'abattit sur l'une de nos joues. En effet, si lors du départ, endormis que nous étions, nous n'avions pas choisi nos places, nous savions qu'il n'était plus question de dormir. Les places préférées étaient celles près des portes, non pour ouvrir la fenêtre, privilège réservé aux adultes placés devant, mais pour pouvoir regarder le paysage. La plus mauvaise était, donc celle du milieu. La meilleure était celle derrière le conducteur. Pourquoi ? Parce que le père conduisait le plus souvent et, malgré sa souplesse légendaire et ses dons de contorsionniste, il lui était très difficile d'abattre sa manne autoritaire derrière lui. Les aînés l'avaient très bien compris. C'est ainsi que je me retrouvais soit devant avec la mère, soit derrière au milieu. Dans le meilleur des cas, j'arrivais à être près de la porte droite. Fatalement, entre Tours et Bordeaux, il y avait une ou plusieurs gifles qui tombaient et entraînaient un calme temporaire. Je me souviens notamment d'un voyage avec Jérôme et Didier où nous n'arrêtions pas de chanter « boire à la source, boire à la source, mon dieu que c'est bon ! » en nous tapant sur le ventre. Après plusieurs avertissements, le bras droit s'est tendu au-dessus des sièges, s'est dirigé vers l'arrière et a frappé plusieurs fois sur les occupants des deux mauvaises places. Pour une fois, j'étais du côté gauche. D'avoir échappé à la torgnole m'a fait ricaner de plus belle. Au prix d'un effort paternel, j'ai récolté dans les secondes qui ont suivi la même punition à la grande satisfaction de mes frangins ! Nous devions être à 5 km du Lout. Il était temps que le voyage se termine.
Hervé Barbezat (Montréal, Canada)
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