Leçon de français

Publié le par Emma

Vendredi, conseil de classe de 3°.

Je demande à une enseignante de français à quoi attribuer les mauvais résultats des élèves dans sa matière. Déjà elle me toise, n'en revenant pas d'une telle audace, et lâche son verdict, mais Madame, ce n'est pas étonnant, ces élèves sont un gouffre d'ignorance. En rentrant à la maison je prends le livre de grammaire de Miss, élève de la prof citée plus haut. 

 Page 62. Les élèments qui organisent le texte.

C'est bon, pas de souci, jusque là, je suis.

Exercice: Organiser et présenter un texte. On nous présente 4 photos tirées du film Lucie Aubrac ayant trait à la résistance, et en dessous l'énoncé:

En vous inspirant des photogrammes ci dessus, imaginez et rédigez le récit de cet épisode de la Résistance.Vous intégrerez dans votre narration un passage descriptif et un passage argumentatif en utilisant à chaque fois les connecteurs adaptés.

Bon. Un photogramme c'est quoi ? Ni le dictionnaire Hachette, ni celui de l'Académie ne connaissent ce terme.....mais vous pensez bien , un élève lambda de 3° l'utilisent quotidiennement...eh t'as vu le dernier photogramme de Jennifer avec son piercing dans le nombril, top tendance !!!

Je déduis du texte que cela doit vouloir dire photographie, mais alors pourquoi ne pas dire photographie, terme que n'importe quel élève peut comprendre.

Mais ce n'est pas terminé, un connecteur, qu'est ce que c'est ?!! Recours au dico, dispositif de connexion, ben voyons Emma, te voilà bien aidée, mais rien qui a trait à l'emploi de ce terme en grammaire. Les connecteurs sont des mots qui marquent un rapport de sens entre des propositions ou les phrases de textes. Ils peuvents être logiques , spatiaux ou temporels ( encore le syndrôme Star Wars ça..)

Je ne me décourage pas, et je poursuis ma découverte de la grammaire enseignée à nos enfants. J'ai dû vieillir plus vite que prévu, car j'ai l'impression que mes connaissances datent de la Préhistoire.

Nouvelle leçon: Enoncés ancrés et non ancrés dans la situation d'énonciation.

Je t'épargne chère lectrice la lecture fastidieuse et te fais juste le résumé du cours...je relèverai les copies et interro demain...

Le locuteur peut ancrer son énoncé dans la situation d'énonciation en employant des mots comme je, hier, ici, etc. Ces mots désignent les personnes, les moments, ou les lieux de l'énonciation. Les indicateurs de temps ou de lieux ancrés dans la situations d'énonciation sont des déictiques.......lectrices, levez le doigt celles qui ne savent pas ce que sont les déictiques que je me moque...bon ok moi non plus je ne savais pas. Mais maintenant lorsqu'on te dira que surfer rend idiot, tu auras une bonne raison de dire que non, et tu épateras tes proches en glissant dans la conversation au prochain dîner, entre la raclette et le gateau au chocolat que les déictiques, ce sont des indicateurs temporels ou spatiaux qui sont ancrés dans la situation d'énonciation.

Tu vois,  je me dis qu'on ferait exprés de décourager les élèves qu'on ne s'y prendrait pas autrement, avec ces termes de linguistique. Certains d'entre eux maîtrisent juste la lecture et on voudrait leur faire comprendre des notions qui relevent du niveau de l'enseignement supérieur. Ils sont pour la plupart incape de faire une analyse de phrase ou de reconnaître le temps d'un verbe. Je le constate chaque jour avec Miss, qui, pourtant a d'assez bons résultats en français.

Pourquoi utiliser un tel jargon ?

Quelques perles relevées dans le livre:

Les phrases impératives deviennent des phrases injonctives.

Les subordonnées circonstancielles de concession...les élèves en 3° ne savent même plus distinguer le verbe du sujet .

Le groupe nominal devient l'expansion du nom

Les complèments détachés du nom deviennent des appositions nominales ou adjectivales

Il est possible d'exprimer un rapport temporel entre une condition à l'irréel du passé et un fait présent à l'irréel du présent.

Depuis quelques années, j'ai vu les professeurs élaborer leur propre langage, totalement incompréhensible pour les non-enseignants. C'est un peu comme  au Moyen Age et la messe que les prêtres disaient en latin. Pratiquement personne ne parlait cette langue, ce qui donnait encore davantage de pouvoirs aux prêtres, sûrs de ne pas être remis en cause. En fait c'est ça. L'école c'est une grande messe où on demande aux enfants de se fondre dans le moule et aux parents de ne jamais remettre en cause les professeurs.

Remettre l'enfant au coeur du système scolaire, avait dit Lionel Jospin...et alors on est où ?

Qui fera que le système scolaire s'adaptera un jour aux élèves, et non l' élève à ce système. Le grand débat sur l'école, tu parles, quelle mascarade. Le sujet était choisi par le principal du collège et surtout ne prêtait aucunement à conséquence ou controverse et lors du débat il n'y avait pas un seul professeur. Cela fait 4 ans que nous interpellons l'équipe pédagogique sur les trés mauvais résultats du collège au Brevet, les plus mauvais du secteur. Et 4 ans que rien ne change. Pas un seul professeur n'a revu sa méthode de travail, pas davantage d'aide aux devoirs ou d'aide personnalisée. Et qu'on ne me parle pas de manque de moyen, la dotation horaire prévoit ces heures de soutien.

Le cas d'un élève dyslexique, dont les parents ont fait mettre en oeuvre un PAI ( une aide personnalisée pour cet enfant qui en raison de sa dyslexie a besoin par exemple de davantage de temps pour faire un devoir ). Son professeur de français nous a répondu qu'il ne comptait pas appliquer ce PAI, étant seul maître dans sa classe.

Comment peut on laisser des enfants passer de classe en classe au collège malgré des lacunes avérées ?  Que faire ? On les fait passer, histoire qu'ils quittent le collège plus rapidement. De toutes façons le redoublement en France est rarement efficace.

Pourquoi lorsqu'on ose évoquer une obligation de résultats des professeurs, déclenche-t-on un tollé ?

Quand vous emmenez votre voiture chez votre garagiste, vous êtes en droit d'attendre que le travail soit effectivement effectué ? Et vous seriez moins exigeant lorsqu'il s'agit de l'éducation de votre enfant ?!!

Toutes les citations proviennent de l'ouvrage Grammaire du français 3° , édité chez Belin.

Voici ce qu' écrit Laurent Lafforgue qui présente sa démission du Haut Comité pour l' Education, en dénonçant le recours de celui-ci à de pseudos-experts :

Ce rapport permet à lui seul de réaliser que les experts ou prétendus tels à qui a été confiée la rédaction des programmes de français sont tout simplement des cinglés (je pèse mes mots).

Il est impossible pour moi de comprendre comment ils ont pu chasser la grammaire de phrases (sujet, verbe, complément, etc.) et l'analyse logique pour les remplacer par des élucubrations du genre suivant (extraites du document d'accompagnement des professeurs en classe de troisième):

"L’étude des actes de parole est donc essentielle. Elle peut se décomposer en trois approches complémentaires : la dimension locutoire, c’est-à-dire le fait de produire des énoncés structurés, organisés et ayant un sens ; la dimension illocutoire, c’est-à-dire le fait de chercher à exercer une action sur autrui en lui parlant (l’interroger, lui donner un ordre, lui interdire de faire quelque chose, le convaincre ou le persuader…) ; la dimension perlocutoire, c’est-à-dire l’effet sur l’interlocuteur, qui répondra ou non à la question, qui exécutera ou non l’ordre…(…) Il est très important d’amener l’élève à prendre conscience de cette triple dimension des actes de parole, en particulier dans une optique de formation du citoyen."

Si les instances dirigeantes de l'Éducation Nationale dans leur ensemble ont pu confier la rédaction des programmes à de tels cinglés, ne pas s'apercevoir du caractère délirant de leurs préconisations et ne pas s'émouvoir des réactions de professeurs qui leur parvenaient, je ne vois qu'une seule explication possible: les instances dirigeantes de l'Éducation Nationale sont intégralement peuplées de fous irresponsables (ou criminels pour ceux, s'il en existe, qui auraient organisé la destruction de l'Ecole en toute connaissance de cause).

Ceci concerne le français, mais nous pouvons aussi parler des mathématiques.
Les concernant, je vous mets en fichier attaché la copie d'un message qui m'a été envoyé la semaine dernière par un enseignant (maître de conférence et remarquable chercheur) de l'une des "meilleures universités" de France. [Je ne peux reproduire ce message car il était confidentiel].
S'il vous reste la moindre notion de mathématiques, vous pouvez comprendre que ces étudiants de 2e année de DEUG de science dont la plupart vont "réussir" à leurs examens, donc vont passer en licence (et deviendront peut-être instituteurs ou professeurs), ont un niveau inférieur à celui qui, encore à mon époque (il y a vingt-cinq ans: une époque déjà dégradée par rapport à celle de mes parents), était celui du collège, et il apparaît qu'ils ne maîtrisent même pas ce qui normalement serait du ressort de l'école primaire. Or tous ces étudiants ont le bac (sinon ils ne seraient pas à l'université) et pour presque tous le "bac S" (le bac "d'élite" ou "sélectif" comme on dit dans les médias)...


Pour ce qui me concerne, je suis donc totalement opposé à ce que nous nous en remettions aussi peu que ce soit aux experts de l'Education Nationale.

Un autre témoignage d' enseignant :

Monsieur,

Ces carences (lexique étique, syntaxe rudimentaire ou inexistante, ignorance de la grammaire de phrase) se sont généralisées ces dernières années et s'observent désormais chez la très grande majorité des élèves, vraisemblablement plus de 80% d'entre eux, et ce quels que soient leur milieu social et leur attitude en classe ; bien sûr, la situation, mauvaise en général, l'est à des degrés divers selon le niveau linguistique et culturel de la famille, mais c'est à l'oral plus qu'à l'écrit qu'appert cette différence. Le collège ne remédie nullement à ces déficiences, qui perdurent et parfois s'aggravent : on les retrouve au lycée et même dans les classes préparatoires (un collègue, qui enseigne le latin à des hypokhâgneux grands débutants, m'a récemment expliqué que ses élèves ne parviennent pas à analyser une proposition relative). En effet, à l'école primaire comme au lycée, les programmes assignent à la grammaire de phrase une place pour ainsi dire subsidiaire et la "doctrine" en vigueur (j'entends par là, au-delà des programmes, leurs documents d'accompagnement, les manuels qui s'en inspirent, les recommandations des inspecteurs et des formateurs d'IUFM) proscrit la pratique de l'analyse logique et de l'analyse grammaticale et fait la part belle à la "littérature pour la jeunesse", les classiques étant bannis des lectures que l'élève fait chez lui.
Je suis bien sûr à votre disposition pour toute précision qui vous
semblerait utile.

Bien cordialement,


A lire l'intégralité de son courrier ici: http://www.ihes.fr/%7Elafforgue/dem/courriel.html

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Je me permet de rajouter quelques précisions au sujet du redoublement. Prof en ZEP, j'ai vite déchantée à ce propos. En effet, le redoublement n'est qu'une proposition, si les parents s'y opposent il ne s'appliquera pas. Si on va jusque l'appel, la commission va le plus souvent dans le même sens que la famille et certaines décisions semblent incompréhensibles. J'ajoute qu'une directive de 2005 incite à ne plus proposer le redoublement qui coûte chère selon l'EN. Alors, quand la politique est d'amener 80% d'une classe d'âge au bac, même s'ils connaissent des difficultés, que faire ?<br /> Je reste néanmoins suffisamment motivée pour aider les plus possible mes élèves, mais je reconnais que beaucoup de prof, de parents aussi (il faut le reconnaître) ont baisser les bras, cela au détriment de nos enfants.
Répondre
M
Bonjour!                               je suis actuellement en troisieme et justement j'etait en train de chercher qqch qui s'appelle "NATURE DES MOTS" ..!oui je sais ca on l'a apprit en cm1 mais je ne m'en souvient plus du tout... pourtant je suis l'une des meilleures en francais (15 de moyenne)..c'est pareil pour les proposition..je sais meme plus ce que c'est..!moi j'ai de la chance parce que mes parents sont dispos et peuvent m'aider... mais commt font les eleves qui ont des parens qui parlent pas francais a la maison ? qui ne sont jamais la ? ou meme ceux qui ne parlent meme plus a leur parent ? il n'y meme pas de soutien dans mon college alors que ça fait 4 ans qu'en on demande... et on nous parle d'egalité des chances ???je voudrait aussi dire qu'on est surchargé de travail..:de 8 a17h a l'ecole+1 a 2h de devoirs chaques soirs parfois plus le week end.. et quand est ce que vous voulez qu'on face ce qu'on aime a part le samedi apres midi?? je fait parfois des crises nerveuses en voyant la montagne de devoir qu'on a et que je n'ai que le dimanche apres midi pour faire tout ça... j'ai peur de terminer soit sans travail avec des amis soit avec un travail genial mais sans ami..c'est sa la vie ??ON NOUS VOLE NOTRE ENFANCE......
Répondre
S
Mais qu´est-ce-qui se passe en France ? Je suis effarée de ce que je viens de lire. Je fais partie de la generation des années 1950, et j´ai eu la chance d´apprendre a lire avec la methode Boscher.Donc, j´ai de l´orthographe et j´adore la lecture. Mon livre de grammaire parlait aussi de sujet, verbe, complément. J´ai fait des analyses logiques et grammaticales, ce n´était pas passionnant, mais au moins on comprenait de quoi il s´agissait.En fait, ce que l´education nationale fait, est ce que Molìere reprochait aux Précieuses : faire du genre .Revenons à un langage simple, compréhensible par tout le monde et  non pas par une élite. Donnons à nos enfants l´envie de lire en leur proposant des manuel scolaires dotés d´un langage clair.Donnons leur envie d´écrire en refaisant faire des rédactions avec des sujets d´imagination.
Répondre
V
N'ayant "que" 23 ans, quelle surprise de voir que je suis larguée!J'ai appris à l'ancienne, sujet verbe complément, et mon frère, 5 ans plus jeune que moi, n'a jamais appris ça... Ca fait froid dans le dos!<br /> Mais le pire est que ça s'adresse à des élèves de collège, et non pas à des étudiants de lettres modernes, quand est-ce qu'ils réaliseront ça?
Répondre
S
que même.. je ne vais rien dire..;-)<br /> mais je n'en pense pas moins...:-D
Répondre