Le dimanche soir
Depuis que je suis toute petite, je redoute toujours ce moment du dimanche soir.
Je me souviens des dimanches de mon enfance,que nous passions avec mes parents à la campagne. Je me revois sur la banquette arrière, au retour, le front contre la vitre, à regarder défiler le paysage. Plus tout à fait le jour, pas encore la nuit. J'ai encore en mémoire le son de l'auto-radio, et de l'accent du commentateur sportif qui donne les résultats des matchs de rugby de l' aprés-midi ...Toulouse bat Castres 25 à 12, litanie qui m'endormait presque. La voiture, cocon sécurisant et hors du temps durant le trajet, me rapprochait pourtant inexorablement du moment où j'allais devoir rentrer à la maison et affronter la réalité du dimanche soir, j'aurais voulu ne jamais avoir à en descendre.
Pourquoi cette angoisse du dimanche soir et pas des autres soirs ? Je ne sais pas. Un peu de nostalgie pour la semaine qui se termine, un peu d'inquiétude pour celle qui arrive, les devoirs pourtant faits mais on se demande tout de même si on les a suffisamment appris. Prescience que mon enfance était sur le point de basculer.
Reprendre le rythme, se réveiller, se lever, se préparer, quitter la tièdeur de la maison pour affronter une nouvelle semaine... Déjà le lundi midi cela va mieux, le dimanche est oublié et on regarde vers le prochain week-end.
Parfois, maintenant encore, au retour d'une ballade, en voiture,je me retourne et je suis étonnée de voir mes enfants sur la banquette, tant j'ai l'impression de revenir 30 ans en arrière et de me voir moi, appuyée contre la vitre et bercée par les paroles qu'échangeaient mes parents.
Alors, souvent, pour lutter contre ce moment assez mélancolique, je cuisine. Remplir les estomacs pour combler le vide à l'âme? Peut-être, mais dans une maison qui sent bon la pâtisserie, c'est moins angoissant de voir tomber le soir. Et puis j'aide à ranger les chambres, je remets un peu d'ordre dans la maison, mettre de l'ordre comme on se débarrasse des idées noires qui nous encombrent l'esprit, mettre de l'ordre pour démarrer une semaine toute neuve et prometteuse.
Les années n'y font rien, je ressens toujours cette même nostalgie, tristesse diffuse que parfois mes proches semblent partager. Tant mieux je me dis, ce doit être normal de ne pas aimer le dimanche soir.