Orthographe..
Une discussion sur le forum FAF m' a fait me souvenir de cette petite histoire.
Je devais avoir 12 ou 13 ans, lorsque un jour mon père, quelque temps avant sa mort, me demanda de lui corriger un curriculum vitae. Agé de 47 ans, il connaissait le chômage pour la première fois de sa vie.
D' habitude, je le faisais, mais ce jour là avec l'arrogance inouïe que l'on peut avoir à 12 ans, sans doute avais je été contrariée par un refus quelconque de mes parents, j'ai refusé. Quelques 25 ans plus tard, je repense à cette histoire, que je n'avais jamais raconté auparavant, trop honteuse sans doute. Je repense à cet homme, doublement atteint dans sa dignité, d'abord le chômage et l'interrogation sans cesse renouvelée de savoir comment il allait faire vivre sa famille. Déjà en 1985, 47 ans c'était trop vieux pour retrouver un emploi. Et à qui je venais d'envoyer en pleine face ses lacunes en orthographe. Il avait quitté l'école trés tôt, vers 13 ou 14 ans pour travailler, ce qu'il n'avait jamais cessé de faire jusqu'à ce jour, et se voyait réduit, à son âge, de dépendre d'une gamine pour l'aider à rédiger ses lettres de motivation. Sur le coup, voyant sa peine et peut-être sa honte, je m'étais sentie pitoyable.
Est-ce depuis ce jour que j'ai tant cherché à avaler des dizaines et des dizaines de livres, à améliorer sans cesse mon français à l'école, m'accrocher pour poursuivre mes études, pour ne jamais me trouver dans cette situation que connaissait mon père : être jugée non sur mes qualités mais sur ce que je représentais, en fonction de ma façon d'écrire.
Je ne sais pas. Peut être que oui.
Depuis, je me suis rattrapée heureusement. Jamais plus, je n'ai refusé cette aide à qui me la demandait. Moi, à qui on a donné la chance de pouvoir apprendre, je n'ai de cesse de transmettre à mon tour le peu que je sais, pour que personne ne soit dans l'obligation d'avouer, ou de montrer, qu'il ne sait pas écrire ou rédiger.