La rose pourpre et le lys, de Michel Faber
Si j'en reparle aujourd'hui, c'est que je viens de voir qu'il sort en édition de poche en deux tomes et en coffret, donc plus abordable.

Ce roman nous transporte dans l'Angleterre victorienne, dans les bas-fonds de Londres et le milieu de la prostitution, du moins au début. Sugar est une prostituée qui oeuvre dans un bordel,on ne sait que peu de choses sur son passé, sauf qu'elle est instruite et rédige son histoire. Elle va faire la connaissance de l'héritier d'une riche famille, qui décide de la faire sortir de là, pour l'installer dans ses meubles à son bénéfice exclusif et lui donne le titre de maîtresse. Est ce de l'amour, est ce une attirance simplement sexuelle, un peu des deux. William, ne pouvant plus se passer de sa maitresse, la fait entrer sous son propre toit en lui donnant la fonction de gouvernante de sa fille.
Ce livre ne laisse pas indifférent, les avis sont partagés. Lorsque vous l'ouvrez, vous entrez dans un univers de misère, de crasse, de maladie, de perversions, de sexe, cette atmosphère suinte dans les premières pages. Il faut faire l'effort de passer ces pages, mais elles sont indispensables pour comprendre la suite du roman, la volonté de fer de Miss Sugar pour sortir de cet univers. C'est cette quête de la respectabilité qui mène Sugar, quitte à manipuler William, pour arriver à ces fins. Elle n'y arrivera pas, les carcans de la societé victorienne, ses codes de bonne conduite et l'importance des classes sociales à laquelles on n'échappe pas, l'en empêchera.
Dans la première partie du livre, j'ai trouvé Sugar extrêmement déplaisante, manipulatrice: elle utilise les besoins sexuels de William pour le rendre complètement dépendant d'elle jusque se faire établir dans ses meubles, maîtresse officielle. Lui, ne semble avoir aucune envergure, c'est le raté de la famille, lâche et sans volonté. Jusqu'au jour où il la rencontre, et elle va assurer sa fortune en le conseillant. Arrivé à la moitié du livre, les chose s'inversent, et on se met à se prendre d'affection pour cette femme, qui va se montrer remarquable (sincère ou machiavélique?!) dans ses relations avec la fille de son amant, mais aussi avec sa femme, qui perd la raison et qui va disparaître. Le personnage de l'amant se fait au fil du livre de plus en plus déplaisant, le lecteur sent bien que Sugar qui n'aspire qu'à devenir une dame respectable n'y arrivera pas, et on comprend avant elle que son amant tente de s'en débarrasser lorsqu'il a fini de s'en servir pour accéder à la richesse et à certain pouvoir.
Certaines pages sexuellement trés explicites du livre peuvent choquer, c'est vrai. Mais l'auteur a parfaitement réussi à reproduire une atmosphère glauque du Londres des années 1870: crasse, sang et sexe, sordide certes mais proche de la réalité.