La petite histoire des marquoirs

Publié le par Emma

Le point de croix est apparu en Europe entre le X° et le XIII° s.  Les châtelaines du Moyen Age reproduisaient au point de croix les motifs des tapis, que leur mari ramenaient dans leurs bagages, au retour des croisades.

A l' époque de la Renaissance, le point de croix se répand dans toute l'Europe et fait parti de l'enseignement de base que reçoit toute jeune fille. C'est alors que nait le marquoir, un morceau de tissu, sur lequel la jeune fille va s'exercer à broder des lettres, des fleurs et surtout des motifs religieux. Ces ouvrages se transmettent de mère en fille et servent de répertoires de motifs pour les ouvrages futurs.

Plus qu'un passe-temps, le marquoir est essentiellement utilitaire. Il permettait à la jeune brodeuse de s'exercer à broder au point de croix, qui prend le nom de point de marque, les lettres ou les motifs qui, sa vie durant, lui serviraient à marquer le linge de sa famille. Le marquage de son trousseau, que la jeune fille commençait à broder dès sa puberté, était nécessaire puisqu'il fallait pouvoir reconnaître facilement son linge lors des grandes lessives communes. Pour la broderie à vocation décorative du linge, on parle plutôt de chiffrage.

La couleur rouge apparait vers le XVII ° s. Fabriquée à partir de pigments naturels tirés de la racine de la garance, elle était facile à obtenir, résistait bien aux lessives et à l'usure du temps, et sera la couleur caractéristique des marquoirs du XVIII° et XIX°s, brodés toujours en rouge sur du blanc, avec le célèbre fil Rouge du Rhin de DMC qui correspond aujourd'hui au coloris 321.

La jeune élève s'exerçait d'abord sur une marquette à broder ses initiales, puis au fil des années et de sa dextérité, elle brodait un marquoir représentant plusieurs alphabets, plusieurs motifs: ceux-ci essentiellement religieux jusqu'à l'avènement de l' école laïque, époque à laquelle ils vont se faire plus rares.

Le marquoir, pour peu qu'on l'observe attentivement et qu'on sache le décrypter, est une mine de renseignements, assez émouvants, comme si la brodeuse nous laissait un message, un signe d'elle, de sa vie, de ses esprances à travers les années.

Il comporte le plus souvent les initiales de la brodeuses, l'endroit où elle vivait, les dates importantes de sa vie ainsi que celles de l'année de la réalisation de l'ouvrage, son école et sa e, son âge. On s'aperçoit qu'elles étaient souvent trés jeunes, 7 ou 8 ans. Parfois, ces petites filles modèles laissaient aussi du bout de leur aiguille d' émouvants témoignages d'amour filial. On pouvait lire par exemple:

Papa et Maman, vous plaire est mon envie, vous aimer le premier de mes biens, je chéris moins la vie , que ceux dont je la tiens.

Ces marquoirs se transmettent entre les générations, chacune le personnalisait à sa façon pour le différencier, en y mêlant lettres et chiffres, fleurs et symboles religieux. Et aussi différents motifs qui permettaient à la brodeuse de laisser libre-court à son imagination, au message qu'elles voulaient transmettre, chaque motif ayant une signification: l'arbre symbolise la vie, le bateau l'espoir, le cheval l'ardeur, le chien la fidélité, la pomme la douceur et la beauté ou la tentation, la lune la femme etc...

Les alphabets complets sont rares, il manque souvent des lettres dont les dessins sont proches le P et le Q, le I et le J, le V et le W. Il convenait aussi, par tradition, de laisser des erreurs dans le marquoir: la perfection n'appartenant qu'à Dieu, elle n'est pas de ce monde et trop présomptueuse aurait été la brodeuse de faire un ouvrage parfait.

On trouve encore en brocante ces ouvrages, qui prennent de plus en plus de valeur.

Merci à Emilienne, Amélie, Jeanne, Louise, Blanche, Marie et les autres, de nous avoir laissé, à travers leurs ouvrages d'enfants, ces jolis témoignages de leur vie...

Voici des références d'ouvrages à consulter pour approfondir le sujet, et dont je me suis inspirée pour écrire cet article:

Les marquoirs d'école

Motifs d'hier, point de croix d'aujourd'hui

Rouyer, motifs et alphabets anciens

Passion des alphabets anciens: maison Sajou

Les marquoirs anciens

Du point de marque au point de croix

Les sites internet:

http://crucifilistes.pressotech.com/quiz.php3

http://perso.wanadoo.fr/lannenec/passion_dany/marquoir.html

http://www.anniecicatelli.com/abecedaire.htm

http://www.mccord-museum.qc.ca/scripts/viewobject.php?section=162&Lang=2&tourID=VQ_P1_6_FR&seqNumber=8

http://www.shakespearespeddler.com/symbol.html

 


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lise1313 10/08/2006 20:25

Mon premier marquoir ( tres simple j'avais 13 ans  ;-) ) voisine avec celui de mon arriere grand mere ( bien plus élaboré et pourtont elle n'avais que 9 ans ) . C'ette proximité m'attendri toujours .
sinon je me permet de conseil l'exellent livre Marquoirs  de regine Defroges et Genevieve Dormann.
bises
 

isabel 09/08/2006 11:48

Merci Emma
oui moi aussi , je fais une peu des deux ,  suivant l inspiration du moment

Emma 08/08/2006 18:56

Je me suis posée la même question au sujet du sampler EK , mais hélas, nous n'aurons jamais la réponse :-). La petite brodeuse s'est peut être lassée, n'a pas terminé son ouvrage et l'a abandonné tel quel. C'était peut être la mauvaise élève de sa classe :-)A toi d'interpréter un ouvrage comme tu l'entends: avec tes initiales, ou des dates qui te sont propres ou bien en reprenant tel quel l'ouvrage. Je fais un peu les deux, ça dépend de l'ouvrage, en fait!

isabel 08/08/2006 17:19

Super ton article , tres interressant !! et dis moi , amors , quelle  etait l'utilité des espaces vides comme sur le petit marquoir d Emeline K, que tu es en train de broder .
et quel est l'usage quand on brode un ancine marquoir comme celui ci :
remplacer ou ajouter son nom ? profiter de l espace libre pour rajouter une peite phrase ? ou alors le reproduire exactement comme l'original
j aimerais bien savoir
merci
isabel

Tricotine85 08/08/2006 14:20

Sympa ce petit article !!!!!!