Olivier Adam - A l'abri de rien

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Il y a longtemps que je ne vous avais pas parlé de mes lectures, rien d'intéressant à dire, je n'ai eu entre les mains que des livres aussitôt lus, aussitôt oubliés, et encore quand j'arrivais à les terminer. Même les derniers livres de Willian Boyd et Jim Harrison, que j'aime beaucoup pourtant, m'ont ennuyé.

Et puis, hier soir, j'ai lu de la première à la dernière page A l'abri de rien.
Pourtant, je ne suis pas une fan d'Olivier Adam, je n'ai pas spécialement aimé ses deux autres livres, Passer l'hiver et Falaises.
Mais A l'abri de rien m'a bouleversé. Peut-être parce que je me suis retrouvée dans le personnage principal ( elle s'appelle Marie, c'est un signe :-) ).
 Moi aussi, il m'est arrivé de me retrouver prisonnière volontaire de ma vie. Volontaire, parce que mon choix de vie a été mûrement réfléchi, décidé en toute connaissance de cause. Mais il y a des moments où jouer à la mère parfaite ou à l'épouse idéale, sans toujours y parvenir, en plus, ne me suffit pas. Et comme l'héroïne du roman, on a envie d'être juste quelqu'un de bien.
 Vivre dans notre société sans regarder autour de moi, je n'ai jamais su faire. On me reproche souvent d'être chiante, avec mes questions à la con, mais malgré tous mes efforts, je n'arrive pas à comprendre comment on peut vivre sans s'en poser. Surtout lorsqu'on a la chance d'être née au bon endroit. 
Marie, un beau jour, va laisser tomber sa famille, son mari et ses enfants, un horizon qui se réduit à sa table à repasser, sa vie étriquée, pour aller aider les autres. Servir un repas chaud aux réfugiés qui attendent un hypothétique passage en Angleterre clandestinement. 
Comme elle, il m'est arrivé de ne pas trouver le juste milieu entre s'investir pour les autres et  trop s'impliquer. De les faire passer avant ma propre famille. De trop charger mes épaules avec la détresse des autres, ou alors, de cacher ma propre détresse sous celle des autres, et de ce fait, l'oublier. Peut-être aussi, que j'attendais trop des autres, une hypothétique reconnaissance, ou m'entendre dire ô combien j'étais formidable. Tout faux. On donne de soi avant tout pour les autres. Et quel soulagement, lorsqu'enfin, on n'a plus besoin de s'entendre dire merci: ce que l'on fait, on le fait parce qu'on le veut bien, donc qu'on nous remercie ou pas, ça n'a aucune importance. Il suffit de se sentir utile.
Comme elle, qui n'arrive pas à surmonter le décés d'une soeur, mes proches décédés prennent beaucoup de place dans ma vie, sans que j'arrive à les boucler dans un coin de ma mémoire pour de bon.
Ce livre est aussi une trés juste description des mécanismes de la dépression, et de ce qui fait que lorsqu'on a une personnalité "borderline", il ne faut pas grand chose pour basculer du mauvais côté, comme un môme en haut d'un toboggan et qui vacille, un rien suffirait à la faire dégringoler du côté escalier.

J'ai hésité à vous parler de ce livre, j'ai la sensation de me révèler plus que je ne le voudrais en exprimant ce que j'ai ressenti à sa lecture, mais tant pis. 
Je vous le conseille vivement, c'est un véritable coup de coeur, ce livre nous met en face d'une réalité que parfois, on aimerait bien éviter, jusqu'où est il possible d'aller pour accorder nos convictions à notre vie. L'écriture est magnifique, j'ai envie de dire que j'ai  rarement lu un homme qui réussit à forger un aussi beau personnage féminin, chaque mot nous touche. 
J'en suis sortie bouleversée mais pleine d'espoir. J'ai trouvé ce livre beaucoup moins désespérant que les autres livres d'Olivier Adam, même s'il est plus sombre. Lisez-le, vraiment :-) !

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Publié dans Des livres et moi

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nathalie 19/11/2007 09:54

Grâce à ton article, j'ai acheté cet ouvrage et je n'en décolle plus!!!!! Il y aurait trop de choses à dire sur un com alors je vais préparer un article sur mon blog! Mais merci de tout coeur de nous faire partager tes voyages littéraires!!
Bonne semaine
Nath la coccinelle

marielune 24/10/2007 09:48

Merci pour ce conseil lecture mais surtout merci pour ton blog où il fait bon passer... et flaner.. Ta franchise t'honore et ne peut être que considérée que comme un cadeau par les personnes qui ont les mêmes doutes..qui se posent les mêmes questions... Depuis bientôt 52 ans je me pose des questions, je regarde les autres,... je les écoute et je ne me lasse pas malgré les galères, les gifles de la vie, de repartir vers autrui.. Autrui nous fait grandir..nous pousse à être.. Reste toi même.. Merci

nathalie 22/10/2007 18:21

Dès que je suis en France, je me précipite sur ce livre! Tu as su en parler avec tellement d'émotion...cela m'a beaucoup touchée et je me sens déjà bien des points communs avec ce personnage (et peut-être aussi avec toi!). Alors à bientôt pour en parler!
Nath la coccinelle

chv 18/10/2007 17:51

je n'ai pas encore lu ce livre, je n'étais pas très sure, maintenant j'en ai envie !
par contre, si je peux en conseiller un c'est, on s'embrasse pas? de Michel Monnereau, l'histoire d'un homme qui après avoir bourlingué pendant 15 ans rentre chez lui, chez ses parents, mais les choses ont bien changés et il se remémore son passé...
bonne lecture et merci du conseil!

sandrine 18/10/2007 09:33

Je suis une fan d'Adam et j'ai beaucoup pleuré sur celui-ci...
Remise en question constante chez moi et je ne sais pas toujours où je vais dans cette société où beaucoup semblent tellement déterminés.
Merci de t'être confiée...